La coiffeuse coréenne : l’histoire de la beauté dans une boîte
Un miroir pliant, un récipient en céladon et une exposition à Séoul offrent un regard plus attentif sur les objets du quotidien qui façonnent la beauté coréenne.
Une petite boîte à cosmétiques change l’échelle d’un récit sur la beauté. Au lieu de nous montrer un visage achevé, elle nous invite à remarquer un couvercle, un tiroir, un emplacement pour poser un peigne. Ces objets donnent à voir autrement le geste familier de se préparer : quelqu’un devait ranger ses affaires, y voir clair et tout remettre en place ensuite.
C’est un point de départ intéressant pour explorer l’histoire de la beauté coréenne. Et le moment s’y prête à Séoul. L’exposition actuelle du Coreana Cosmetics Museum, 《三國三美: 한중일 화장문화》, rassemble environ 80 objets liés aux cultures de la beauté de la Corée, de la Chine et du Japon. Ses miroirs en bronze de Goryeo et ses boîtes à cosmétiques et ornements pour cheveux des XIXe et XXe siècles invitent à comparer les usages quotidiens autant que les décors. L’exposition est ouverte jusqu’au 29 janvier 2027. Notice officielle de l’exposition
Commencer par ce qu’un contenant pouvait renfermer
Une boîte couverte du XIIIe siècle conservée au Metropolitan Museum of Art de New York constitue un excellent point de départ. Le musée estime qu’il s’agissait probablement d’une boîte à cosmétiques, destinée à contenir un ensemble de petits récipients en céladon pour le maquillage. Le mot « probablement » compte : une description rigoureuse laisse place à ce que l’objet conservé ne permet pas d’établir avec certitude. La boîte couverte du Met
Sur la photo des collections, le récipient bas et arrondi est muni d’un couvercle bien ajusté et sa surface est couverte de motifs floraux. Le catalogue décrit des chrysanthèmes et des rinceaux floraux réalisés par incrustation et contre-incrustation sous une glaçure céladon. Essayez de suivre une petite fleur du regard avant d’observer l’ensemble du motif. La forme fonctionnelle de ce récipient et sa surface décorée méritent autant d’attention l’une que l’autre.
La photographie est une image d’archives des collections du Met. Elle ne montre pas un objet dont la présence à l’exposition du Coreana est confirmée. Distinguer les collections rend la comparaison plus intéressante : une question suscitée par un objet peut accompagner les visiteurs dans un autre musée, sans supposer que les objets ont appartenu à la même personne, datent de la même époque ou avaient le même usage.
Crédit photo : Covered Box — The Metropolitan Museum of Art ; fabricant historique de l’objet non répertorié, Domaine public / CC0 1.0 (The Met Open Access). Version redimensionnée proportionnellement pour l’affichage ; sans recadrage, retouche, modification des couleurs ni composition.
Un miroir a aussi un corps
Le miroir coréen en bronze « Mirror with handle » du Met, daté de la dynastie Goryeo, mesure 13,3 centimètres de diamètre dans sa partie circulaire. Sa surface actuelle présente l’aspect moucheté d’un vieil objet en métal. Observez d’abord le manche et le rapport entre la prise en main et le cercle. Un miroir peut s’étudier comme un objet que l’on tient et que l’on place, autant que comme une surface dans laquelle on se regarde. Le miroir en bronze du Met
Crédit photo : Mirror with handle — The Metropolitan Museum of Art ; fabricant historique de l’objet non répertorié, Domaine public / CC0 1.0 (The Met Open Access). Version redimensionnée proportionnellement pour l’affichage ; sans recadrage, retouche, modification des couleurs ni composition.
Pour découvrir une solution coréenne plus tardive, intéressons-nous au jwagyeong, un miroir avec support pliant. Un article de KOCIS publié en 2021 présente des cadres et des boîtes portatifs en bois, notamment des modèles à charnières réglables et tiroirs pour les accessoires de toilette. On pouvait déplier l’ensemble au besoin, puis le replier après usage. Le film de Koreanet qui l’accompagne permet de mieux comprendre la forme en mouvement. Le jwagyeong expliqué
Ce détail est utile à repérer dans un musée ou un drama historique : une boîte en bois fermée peut dissimuler un agencement fonctionnel beaucoup plus élaboré. Demandez-vous où le miroir se déployait, où les mains se posaient et quels compartiments restaient accessibles. Ce sont des questions de conception que l’on peut facilement relier à une trousse de toilette ou à un organisateur de maquillage moderne, sans prétendre que l’un descend directement de l’autre.
Observer la surface sans deviner le contenu
Une autre boîte coréenne du XVIIIe siècle conservée au Met est ornée de fleurs et de nuages. Le catalogue indique qu’elle est en laque, nacre, écaille de tortue et fil de laiton. Le fond sombre fait ressortir les incrustations pâles ; de fins traits métalliques soulignent les rinceaux et structurent le décor. L’intérieur est tapissé de satin rouge. La boîte laquée du Met
Cet objet est présenté à titre de comparaison pour ses techniques décoratives. La notice actuelle des collections ne l’identifie pas comme une boîte à cosmétiques. Cette distinction mérite d’être gardée à l’esprit dans toute exposition : une jolie boîte n’est pas automatiquement un contenant à produits de beauté. Commencez par lire le cartel, puis cherchez dans la forme et l’intérieur des indices sur sa fonction.
Crédit photo : Box decorated with flowers and clouds — The Metropolitan Museum of Art ; fabricant historique de l’objet non répertorié, Domaine public / CC0 1.0 (The Met Open Access). Version redimensionnée proportionnellement pour l’affichage ; sans recadrage, retouche, modification des couleurs ni composition.
Le National Museum of Korea offre un exemple plus explicite. Sa boîte à peignes laquée de la période Joseon, numéro d’inventaire Sinsu15920, servait à ranger des accessoires pour cheveux, un miroir et des objets similaires. Trois tiroirs à la laque rouge sont ornés de motifs en nacre représentant des canards mandarins et des pivoines. Ici, le rangement fait clairement partie de l’histoire de l’objet. Notice des collections du National Museum of Korea
Emporter trois questions dans les salles
Choisissez un objet et demandez-vous : que contenait-il ? Comment s’ouvrait-il ou se déplaçait-il ? Quels détails son utilisateur voyait-il de près ? Comparez-le ensuite à un objet d’une autre époque ou d’un autre pays. L’exposition du Coreana se prête particulièrement à cet exercice, car elle met en avant les échanges et les variations entre trois cultures voisines de la beauté.
Pour une visite, la notice de l’organisateur publiée le 28 septembre indique que l’exposition se trouve au sixième étage, au 827 Eonju-ro, Gangnam-gu. L’entrée est gratuite ; les horaires sont du lundi au vendredi, de 10 h 30 à 18 h, et le musée est fermé les week-ends et jours fériés. Vérifiez les modalités propres à l’exposition avant de vous déplacer : les informations des musées et galeries d’art installés dans le même bâtiment peuvent différer. Le numéro de contact indiqué est le 02-547-9177. Informations sur l’exposition de la Gangnam Cultural Foundation
Que vous vous rendiez sur place ou que vous consultiez des photos de collections depuis chez vous, prenez le temps d’observer ces petits objets. Un manche, une charnière ou un tiroir soigneusement compartimenté peut faire apparaître les gestes quotidiens qui sous-tendent la beauté coréenne.